250 ans de résistances - Notre histoire nous appartient

 

« C'est Monseigneur, sur cette pièce que les tondeurs se fondent pour former des attroupements et assemblées tumultueuses, et c'est aussi en conséquence de cette pièce qu'ils croient avoir le droit d'introduire des tondeurs étrangers dans la ville pour en être soutenus, comme il serait selon toute apparence arrivé en dernier lieu, si l'on n'avait pas d'abord mis ordre à leur mutinerie. »

 

En ces termes, il y a 250 ans, les autorités de Verviers et du Franchimont dénonçaient au Prince-Evêque de Liège un pacte conclu entre des travailleurs ressortissants de deux Etats de l'Ancien régime pour défendre leur rémunération.

Depuis deux siècles et demi, des travailleurs de la région verviétoise s'organisent pour résister, pour se défendre, pour protéger leurs libertés et parfois leur... pouvoir d'achat.
La « Rénovation de confraternité » des tondeurs de Verviers, Ensival, Hodimont et Francomont, en constitue le témoignage connu le plus ancien. Ce document, cet engagement, date de 1759.

Au printemps de cette année-là, des incidents éclatent dans la cité de la Vesdre. Des tondeurs protestent contre le paiement de leur travail en monnaie dépréciée. « Alors que la grève durait depuis maintenant un mois, on pouvait penser que les ‘justes raisons' des ouvriers avaient enfin convaincu le pouvoir centre, (...) l'été 1759, précisémment, les fabricants verviétois se font prendre la main dans le sac (...) en train de trafiquer sur les monnaies, en achetant du billon à Aix à un cours fortement déprécié et forçant les ouvriers à l'accepter au cours légal - et surévalué- comme salaire, si bien que le salaire réellement perçu est inférieur au salaire nominal conclu. » Leurs manifestations sont suffisamment « importantes » pour justifier l'envoi de la troupe par le Prince-Evêque de Liège. « Le 28 juillet, alors que la grève durait (...) le Prince-Evêque (...) annule l'acte devant notaire entre les marchands-drapiers pour fixer entre eux et bien entendu à leur meilleure convenance un salaire journalier pour les tondeurs. » Au lendemain de la répression de leur mouvement, ces artisans décident de conclure un accord secret qui les lie pour refuser dorénavant tout travail rémunéré à moins de 20 sous par jour : ce type de coalition est alors strictement interdit. La « Rénovation de confraternité » sera conclue très exactement le 13 août 1759.
« Le 13 août, clandestinement, seize ouvriers, délégués respectivement et en nombre égal par les tondeurs de Verviers, Ensival, Hodimont et Francomont, et en accord avec leurs confrères d'Eupen (...) approuvent une ‘Rénovation de confraternité' (...) Ils s'engagent à ne pas reprendre le travail avant d'avoir mis en commun (...) de quoi soutenir un éventuel procès consécutif à la grève, à ne pas accepter de travailler en dessous du tarif de vingt sous de Liège... » Ce pacte porte sur la solidarité à développer entre les signataires en cas d'attrait de l'un d'eux devant des juges mais il organise aussi les conditions de l'apprentissage dans le métier.

Cet engagement est notamment remarquable par son caractère « transnational » dirions-nous aujourd'hui. Il fédère, en effet, des travailleurs ressortissants d'Etats de l'Ancien régime : le Duché de Limbourg et la Principauté de Liège. La portée de cette confraternité sera étendue aux confrères de Eupen (appelée Néau à l'époque).

2009 sera donc le 250ième anniversaire de cette organisation... sans frontière !

Au même moment, les syndicats belges et internationaux, comme le mouvement associatif, seront pleinement engagés dans la campagne mondiale intitulée "Travail décent - Vie décente", initiée par la Confédération syndicale internationale, « SOLIDAR », « SOCIAL ALERT » et le « Global progressive forum » à Nairobi, en 2007. Dans un contexte de mondialisation de l'économie et de crise financière systémique, il s'agit de mettre en évidence que les travailleurs du Nord et/ou du Sud ne sont pas concurrents entre eux.
Au contraire, la solidarité internationale doit être renforcée pour rendre décentes les conditions de vie et de travail de tous. Il s'agit d'imposer de nouvelles règles sociales et environnementales à portée internationale.

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, dans le cadre d'une société organisée au plan national, le mouvement ouvrier a imposé de nouvelles règles à l'économie de marché : le financement obligatoire de la sécurité sociale, l'amélioration des conditions de travail, la démocratie économique et sociale...

Depuis les années ‘80, la libéralisation des mouvements de capitaux et des échanges commerciaux menace les protections sociales. Le mouvement syndical est aujourd'hui confronté à l'urgence d'imposer, au plan mondial, de nouvelles normes qui protègent la classe ouvrière des pires exploitations (le travail forcé ou celui des enfants, pour n'en citer que deux exemples). Ce défi est aussi celui des consommateurs au nom de qui l'écrasement des prix se double de celui de travailleurs... Challenge d'autant plus aigu aujourd'hui qu'une crise, sans commune mesure avec ce que nous avons vécu de mémoire d'homme, met en question le mode de fonctionnement de la société globale, l'allocation des richesses produites au départ du travail dans le capitalisme et l'idéologie qui en justifie les dérives, le libéralisme.

La célébration du 250ième anniversaire d'un moment fondateur de l'histoire sociale du bassin de la Vesdre s'impose d'autant plus que nous voulons l'inscrire dans une dynamique contemporaine et internationale. Elle permettra d'enraciner localement les actions de sensibilisation à la dimension globale des nouveaux enjeux sociaux et des rapports Nord/Sud.